pierre cardin1 Pierre Cardin, 60 ans de création

Trois hommes en costume cravate sortent du bureau de Pierre Cardin. Au fond de l’immense pièce, derrière sa table, le styliste de 87 ans fait tourner entre ses mains une trousse de voyage : c’est la dernière trouvaille du patron de l’entreprise qui pèse plusieurs milliards.

« Un petit nécessaire à couture. Charmant non ? Et tout le monde a un bouton à recoudre. J’ai signé le contrat ce matin, je crois que ça va rapporter beaucoup d’argent », annonce l’entrepreneur, légèrement ébouriffé, lunettes carrées, costume bleu marine et pochette rouge.

Avant-gardiste dans les années 1960, la mode de Pierre Cardin a vieilli. Mais son sens des affaires est resté intact. Il n’est pas inquiet pour l’avenir de sa maison.

« C’est juste une question de business et de talent », dit celui qui fait travailler 450 personnes à Paris et jusqu’à 200.000 dans le monde.

« J’ai près de mille produits actuellement. Je me suis étendu sur tous les domaines et mon nom a inondé le monde entier, grâce à mes licences qui assurent une vraie solidité à l’entreprise », affirme-t-il. « Je fais très peu de publicité », ajoute-t-il.

Cardin a été l’un des pionniers du « business model » de la licence, qui s’est depuis imposé dans l’univers de la mode : un contrat confiant la fabrication de produits à une entreprise en échange de royalties, pour l’utilisation du nom. « J’ai commencé avec des cravates », se souvient-il.

Aujourd’hui une variété étonnante de produits, jusqu’à de l’eau minérale, porte son nom ou celui du restaurant Maxim’s dont il est propriétaire.

« C’est une eau qui vient du ciel. Quel couturier a une eau minérale à sa marque ? », s’amuse-t-il. « Ca fait 30 ans que je développe les produits Maxim’s. Avant, c’était juste un restaurant ».

Après avoir largement investi au Japon et surtout en Chine, où il est reçu comme un chef d’Etat, des motards ouvrant sa route, M. Cardin mise beaucoup sur l’Inde.

« J’avais travaillé avec Mme Gandhi et puis tout s’était arrêté. On reconstruit maintenant des licences. Dans dix ans, ils seront passés devant la Chine ». Il n’y a plus guère que la Corée du Nord, et quelques pays d’Afrique centrale, où il ne fait pas d’affaires.

Parmi ses projets brûlants, Pierre Cardin réfléchit aussi à l’organisation d’un défilé. Une collection mélangeant hommes et femmes, et les quatre saisons, qui pourrait avoir lieu en juillet à l’Espace Cardin à Paris ou dans le Lubéron, à Lacoste, où il a acheté le château du marquis de Sade.

C’est d’ailleurs là qu’il fait construire un golf. Mais en remplaçant les arbres par des sculptures « pour mêler l’art et le sport ».

Du coup, il fait fabriquer de pochettes en cuir contenant deux balles de golf siglées… Cardin. « Eh oui, pourquoi ne pas faire dépenser ceux qui ont de l’argent ? Je tiens le coup, je ne suis pas trop gâteux, alors… », sourit M. Cardin.